Les comportements affiliatifs : des interactions vitales à prendre en compte pour le bien-être des animaux

Un comportement affiliatif chez les chevaux : l’allogrooming ou allo-toilettage, durant lequel les individus se toilettent mutuellement.

Partie 1 : Concepts et importance

Les comportements sociaux

Le bien-être des animaux non-humains repose sur plusieurs piliers à prendre en compte pour pouvoir les protéger, comme la santé, le répertoire comportemental et l’état affectif.

Le répertoire comportemental des animaux sociaux (animaux vivant au sein d’une société, en relation étroite les uns avec les autres) inclut les interactions avec leurs congénères, qui permettent de déduire le type de relation qu’ils entretiennent, et donner des indications sur le bien-être de ces animaux.

Parmi la grande variété de comportements sociaux exprimés par les animaux, on peut distinguer les comportements agonistiques des comportements affiliatifs.

Les comportements agonistiques font référence aux interactions sociales négatives, qui ont pour but d’éloigner un congénère : agressions, déplacer un individu de l’endroit où il se trouve, poursuite (hors « jeu » et parade) etc.

Les comportements affiliatifs, eux, décrivent des interactions sociales positives qui permettent la création ou le maintien de liens entre les congénères : maintenir une proximité entre individus, donner/partager de la nourriture, jouer, toilettage d’un individu par un autre individu, etc. (Boissy et al., 2007; Clegg et al., 2017). Ces interactions aideraient au maintien de la cohésion d’un groupe, à réduire les comportements agonistiques (Boissy et al., 2007), et à apporter une résolution de conflit (Rault, 2019).

Les interactions affiliatives et le bien-être des animaux

Savoir observer les interactions affiliatives et les comportements prosociaux entre différents individus est important afin de pourvoir évaluer le bien-être des animaux. En effet, les relations affiliatives entre individus peuvent être considérées comme des indicateurs du bien-être animal (Boissy et al., 2007; Rault, 2019).

Ces interactions auraient même des impacts positifs au-delà de l’accès à la nourriture, de la protection mutuelle etc.

En effet, la présence de comportements affiliatifs au sein d’un groupe influencerait positivement l’état d’esprit (optimiste ou pessimiste) d’un individu (Boissy et al., 2007; Clegg et al., 2017), contribuant ainsi à son bien-être. Ainsi, chez certains dauphins, une augmentation de la fréquence de nage synchronisée (considérée comme étant une interaction affiliative dans la nature), serait associée à un état affectif plus optimiste que chez les individus pratiquant moins de nage synchronisée (Clegg et al., 2017).

Le toilettage entre différents individus peut impacter positivement la physiologie des individus : baisse du rythme cardiaque, relaxation, état d’apaisement, ont été observées chez les primates, bovins, cochons et chevaux (Boissy et al., 2007).

Cependant, des comportements a priori affiliatifs peuvent avoir une cause extérieure négative (Boissy et al., 2007). Par exemple, la peur peut amener deux individus à se rapprocher pour se protéger ou chercher réconfort (Rault, 2019). Les cochons captifs dans des milieux pauvres en enrichissements, eux, toiletteraient plus leurs conspécifiques que les cochons ayant la possibilité d’explorer leur environnement (Boissy et al., 2007).

L’absence de comportements affiliatifs peut signifier une dynamique de groupe impactant négativement les individus : chez les vaches laitières, la fréquence de « léchage social » diminue lorsque les comportements agonistiques augmentent (Rault, 2019).

Ces comportements sont donc des indicateurs de bien-être dont il faut veiller à connaitre les causes. Il faut donc déterminer en amont des études, quelle est la fréquence « normale » de comportements affiliatifs pour en faire un indicateur de bien-être (Boissy et al., 2007).

Favoriser le bien-être animal via les comportements sociaux

Si de nombreuses études portent sur la diminution des comportements agonistiques en vue d’une amélioration du bien-être des animaux captifs, peu portent sur la façon d’augmenter les comportements affiliatifs ou sur leur observation.

Pour autant, chez les animaux sociaux, les comportements affiliatifs font partie de leurs besoins essentiels puisqu’ils permettent leur survie, contribuent à un bien-être physiologique et psychique.

Comprendre les tenants et les aboutissants des comportements sociaux, permettrait d’analyser le comportement des animaux captifs et d’en améliorer le bien-être, en utilisant ces interactions comme indicateurs de bien-être et en en favorisant l’occurrence.

Par exemple, la coopération pourrait être utile à des fins d’enrichissement (vous pourrez en apprendre plus sur ce qu’est un enrichissement ici : https://ethosphr.com/index.php/2020/11/23/lenrichissement-quest-ce-que-cest/) dans les milieux captifs. En effet, les animaux ont besoin de stimulation, notamment cognitive, afin d’éviter les comportements anormaux et les stéréotypies dus au stress ou à l’ennui. La coopération nécessitant la mobilisation de capacités cognitives importantes, en plus de favoriser l’émergence et le renforcement de liens affiliatifs, des enrichissements cognitifs coopératifs pourront améliorer le bien-être des animaux qui l’utilisent.

Références :

Boissy A, Manteuffel G, Jensen MB, Moe RO, Spruijt B, Keeling LJ, Winckler C, Forkman B, Dimitrov I, Langbein J, Bakken M, Veissier I and Aubert A 2007. Assessment of positive emotions in animals to improve their welfare. Physiology and Behavior 92, 375–397.

Clegg ILK, Rödel HG and Delfour F 2017. Bottlenose dolphins engaging in more social affiliative behaviour judge ambiguous cues more optimistically. Behavioural Brain Research 322, 115–122.

Rault JL 2019. Be kind to others: Prosocial behaviours and their implications for animal welfare. Applied Animal Behaviour Science 210, 113–123.